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Dimanche 8 avril 2007

Vivre un vieux rêve, partir à son rythme découvrir le monde et ses habitants.

Cette idée me trottait dans la tête depuis longtemps et j’ai voulu profiter d’une forme physique encore acceptable (j’ai presque 47 ans) pour enfourcher ma bécane et partir en toute liberté.

J’ai pour cela dû quitter une vie relativement tranquille, un poste passionnant d’infirmière-chef aux soins intensifs, une équipe hors pair, une famille et des amis formidables… Mais ce n’est que pour mieux les retrouver à mon retour, riche d’expériences inédites, de paysages, d’odeurs, de couleurs, de rencontres. Mieux vaut ne jamais regretter de ne pas être partie.

Le vélo s’est d’emblée imposé à moi pour accomplir ce périple ; il permet d’aller à son rythme hors des sentiers battus, il suscite sympathie, respect, étonnement, bienveillance… Voyager seule force à aller à la rencontre de l’autre et permet aussi sans doute de connaître ses propres limites.

Grande amatrice de voyages et cycliste au quotidien, je ne me suis pas préparée physiquement, comptant sur un entraînement physique progressif durant les premières semaines.  

Si mon expédition comporte un maillon faible (au propre et au figuré !), ce sont les connaissances en mécanique vélo. Grâce à l’aide de Michel qui m’a donné un cours pratique, je suis à même de changer un rayon, réparer une chaîne, etc…. Je crois que je deviendrai adepte des visites préventives (je ne suis pas infirmière pour rien !) chez les vélocistes que je croiserai sur mon chemin.

Mon chemin, parlons-en ! Dans un premier temps, j’ai l’intention de rallier Madrid au départ de Bruxelles et de là, de m’envoler pour Cuba puis vers l’Amérique Latine. J’ai l’intention de suivre le rythme des saisons, profitant du printemps européen pour me diriger ensuite vers l’été austral en Patagonie.

Si l’envie me prend de poursuivre l’aventure, peut-être mes roues m’emmèneront-elles vers la Nouvelle-Zélande, L’Australie puis l’Asie. Mais ça, c’est pour l’année prochaine. 

Pour mener à bien cette folle équipée, j’ai opté pour un vélo en acier de type randonneur, de marque Da Silva. J’ai été aidée des judicieux conseils de Yves Van Stralen de « La maison du vélo » et ai fait équiper mon vélo de la façon suivante : 

-          roues 26 pouces et pneus Schwalbe Marathon XR 

-          changement de vitesse (27) Shimano Deore

-          freins V-brake

-          guidon ergonomique à cornes afin de varier les points d’appui 

-          porte-bagages avant et arrière Tubus

-          bloque-roue arrière

-          pédales amovibles avec cales-pied en plastique et lanières en cuir

-          1 compteur sans fil VDO 

-          3 portes-bidon 

-          1 solide béquille (du moins je l’espère) 

-         1 selle San Marco

-          1 phare arrière à pile, une lampe frontale faisant office de phare avant

-          5 sacoches étanches Ortlieb (2 à l’avant, 2 à l’arrière et une sur le guidon avec porte-carte)

J’ai choisi un équipement le plus standard possible afin de pouvoir trouver partout les pièces de rechange nécessaires.

J’ai volontairement fait l’impasse sur les gardes-boue suite à une mémorable rencontre avec un cyclotouriste dans le Sud du Laos en pleine saison des pluies. Il devait s’arrêter tous les 100 mètres pour dégager l’épaisse boue rouge et grasse qui s’accumulait entre roues et gardes-boues !

Ironie du hasard, ou peut-être pas, je roulerai presque aux couleurs de la Belgique avec le cadre et les sacoches avant gris foncé, la veste Aigle en Goretex jaune et les sacoches arrière rouges .

La totalité de mes bagages (équipement de camping, vêtements, lecture, matériel de réparation, trousse de toilette et pharmacie, un peu de nourriture….) atteint un poids d’environ 22 kg.

Pour l'achat du velo et du materiel, je tiens a remercier Sports-Saint-Luc, les Soins Intensifs A et le departement cardio-vasculaire, tous mes amis et ma famille pour leur aide precieuse.

Par Paloma
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Mercredi 11 avril 2007
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500 km de parcourus entre Bruxelles et Olivet, au Sud d’Orléans.
Les paysages rencontrés évoluent doucement, à une vitesse humaine qui me convient très bien.
Partie épuisée de Bruxelles par les formalités administratives plus que par le périple à entreprendre et finalement peu préparé, mes mollets ont été en quelque sorte un exutoire à ma fatigue.
Je suis dans les starting blocks et admire une dernière fois la cathédrale avant de me diriger vers le canal BXL-Charleroi. Petite mise en jambes en terrain plat, avec des réminiscences d’odeurs propres au canal, du temps où je pratiquais l’aviron. Je double et croise des péniches, mon esprit vagabonde mais jamais ne s’ennuie.
Près de Ittre, je retrouve Brigitte avec grand plaisir ; nous devisons joyeusement en prenant un café devant un minable estaminet.
Je suis impressionnée par le plan incliné de Ronquières et poursuis ma route à travers champs. Difficile d’imaginer que les chemins de remembrement me mènent à Madrid...
A Quiévrain, je profite de l’accueil très attentionné des parents d’Arnaud. Merci !
Je me dirige plein Sud et mon visage est déjà brûlé par le soleil ; celui-ci est omniprésent et rend inutile l’usage de la boussole, au moins jusqu’à Madrid.
Depuis la frontière, une question cruciale s’impose à moi : à partir d’où ne voit-on plus de maisons en briques ?? Difficile de répondre à cette question quand on emprunte TGV, autoroute ou avion. La réponse pourrait être Plessis-Brion, au sud de Noyon, qui possède un superbe château.
Les départements se succèdent, je circule le long de l’Oise à Compiègne.
J’ignore s’il existe aussi une loi sur l’ouverture des terrasses en France, mais j’ai dû attendre Senlis avant de pouvoir boire un petit café au soleil. La terrasse est l’amie du cyclotouriste qui peut garder à l’œil sa précieuse monture.
Le vélo répond très bien à mes attentes. C ‘est mon complice, il fait corps avec moi. Les vitesses s’enchaînent souplement, sa selle ménage mes ischions, son guidon ergonomique permet de varier les points d’appui et limite les fourmillements dans les bras. Je me cramponne à ses cornes quand un camion s’aventure à me doubler ou me croiser à vive allure, créant un appel d’air propre à me déstabiliser et m’envoyer dans le fossé. Ceci dit, je n’ai pas encore été mise en danger par un quelconque véhicule.
Je cafouille cependant encore un peu avec les lanières des cale-pied.
Par Paloma
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Mercredi 11 avril 2007
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Je suis impressionnée par le château, écuries et champs de course de Chantilly. Mais pourquoi diantre ! cette ville si prospère n'investit-elle pas dans ses voiries ? Les nids de poule font la concurrence aux box à chevaux !
Après Chantilly, la départementale se transforme en nationale. J'ai l'impression d'être sur une autoroute, les côtes sont impressionnantes et me défient de mettre pied à terre, ce que je ne ferai à aucun moment (on a sa fierté !). Je sors de cet enfer à Sarcelles pour m'entendre dire par un policier que je suis folle, que cette route est interdite aux cyclistes, que j'ai de la chance d'être encore en vie, etc, etc... Il m'a cependant épargné une remarque sur les Belges...
Je me faufile à travers les sens interdits et les travaux de la banlieue Nord de Paris, descends les petites marches d'un centre commercial désaffecté, squatté par des skaters de tous poils qui me gratifient d'un "eh, t'as vu cette meuf ? ? "  et arrive enfin à Saint-Denis. J'ai parcouru 335 km en 3 jours sans une courbature, ce dont je ne me serais jamais crue capable.
Je m'arrête chez Jean-Paul et Christophe pour 36 heures et en profite pour faire mes derniers achats " Au vieux campeur ", qui n'a décidément pas d'équivalent en Belgique en ce qui concerne choix et conseils. Je m'équipe notamment d'une tente Terra Nova, poids léger au guinness book des records. J'arrive à tout caler dans mes sacoches et repars vers Le Pecq en passant par les bords de Seine.
Après l'île Saint-Denis, la banlieue est plutôt glauque, un immeuble a même été construit sous un pont qui enjambe la Seine. Honteux !
La limite des quartiers chics se trouve à Chatou. C'est peu après que je retrouve Véronique, Xavier et mon filleul, Tanguy. Superbes retrouvailles à vélo parmi les promeneurs du dimanche. Retrouvailles émouvantes aussi avec Roland et Ninon, bien prêts à suivre de près mes pérégrinations à venir.
Ensuite, nouvelle étape pour retrouver d'autres amis près d'Orléans, Béatrice et Martin. Désolée pour les amis français de l'Est, Lyonnais, Viennois et autre Toulonnais, mais la vallée du Rhône, ce sera pour une autre fois.
Les Yvelines ondulent, mes sacoches se font plus lourdes dans la vallée de la Chevreuse. La Beauce avec ses champs de blés tout plats à perte de vue arrive ; pas que du blé, d'ailleurs. Les champs de colza envahissent ma vue, conjonctures économique et écologique obligent.
Un cycliste équipé bien comme il faut (vélo de course, pédales automatiques, super lunettes, maillot à pois...) m'accompagne un bout de chemin, un cafetier m'offre le café, je suscite partout admiration, étonnement, voire incrédulité.
Demain, direction Loches où je retrouverai Dominique que je n'ai pas vue depuis 1994 !
 
 
 
 
Par Paloma
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Mercredi 18 avril 2007

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Après une étape bien revigorante chez Béatrice et Martin, je traverse le Loiret.

Je ne repars pas les mains vides car Béatrice m'a offert une mini-radio qui m'a permis le soir même de passer une soirée en compagnie de Michel Fugain et de radio "cacahouète". Merci, chère Béatrice, pour ce précieux cadeau.

Je traverse la Sologne et ses grandes propriétés, qu'on ne peut distinguer de la route et dont les lourdes portes sont dûment cadenassées. Entre les cadenas, des écriteaux "chasse gardée"...

Plus loin, un peu de littérature belge, d'abord à l'embranchement vers Meung-sur-Loire, où le commissaire Maigret que j'aime tant prit sa retraite. Ensuite, le château de Cheverny dont s'est inspiré Hergé pour dessiner Moulinsart; je me sens l'âme de Tintin, toujours prêt à partir à travers le monde.

Alors que la route se fait longue, je m'arrête à une terrasse au milieu de nulle part; surgit face à moi un cycliste à sacoches (c'est ainsi que j'appellerai les cyclotouristes au long cours) qui se précipita à ma table, avide de contact. Ce suisse terminait le tour de la Méditerranée en remontant vers Paris. Le petit village de la France profonde où personne ne passe jamais dans lequel nous étions était bien loin de la Méditerranée. Il a mis 7 mois pour faire le tour de la Mer Intérieure et nous avons joyeusement devisé des conditions du voyage. Lui, sacoches éculées, regard fatigué et vélo qui a bien vécu, moi, sacoches rutilantes et enthousiasme du débutant. Cela m'a donné du peps pour la fin de l'étape. A Loches, j'ai retrouvé Dominique (Phnom Penh, 1988!), son fils Pierre et sa mère. Dominique a fait 400 km en 2 jours pour se trouver sur ma route. Ça fait vraiment chaud au coeur. Sa mère a engouffré mon linge sale dans le lave-linge et Pierre m'a fait admirer ses superbes dessins.

Le paysage est très agricole, des champs à perte de vue. Sur une piste cyclable longeant une départementale, je tombe sur un groupe de gens du voyage qui a investi la piste: chevaux, caravanes, enfants sales et nus. Les paysages se suivent et ne se ressemblent pas.

Quand je n'ai pas d'amis chez qui loger, je dors dans les campings; celui de Ruffec m'a imposé une grosse montée, puis une profonde descente vers la rivière. Camping fermé et douleur cuisante à la cuisse droite! Qu'à cela ne tienne, l'endroit me plaît et je m'y installe. L'eau n'a pas été coupée et la quiétude est parfaite.

En arrivant vers Angoulème, les villages se font plus rares, souvent ils sont déserts et on y trouve des commerces qui font bar, tabac, alimentation, dépôt de pain, point poste, retrait argent. En Belgique, on ne trouve plus d'endroits si reculés.

A Rouffiac, en Charentes, je profite de l'hospitalité de Jacqueline pour recharger mes batteries et faire la toilette complète de mon vélo. Je resserre les boulons, graisse la chaîne, brosse les dents des pignons. Jacqueline me fait goûter les huîtres de Charentes et le poulet fermier, je me sens bien, au calme. Rencontrer des amis en cours de route me permet de garder le contact avec le "quotidien des sédentaires". Jacqueline me fait rencontrer un jeune couple qui a fait le tour du monde à vélo en 2 ans. Depuis, Benjamin et Pauline n'ont plus jamais repris leur bécane. Ils m'ont appris qu'il ne faut pas fuir les chiens hargneux à grands coups de pédale mais leur faire face avec un bâton (encore faut-il en avoir un à portée de main...), qu'il faut se méfier du rapt des vélos dans le Transsibérien, que le Vietnam ne leur a pas laissé le meilleur souvenir mais surtout, que c'était une merveilleuse aventure malgré les coups durs. Jamais ils n'ont retrouvé une telle impression de liberté.

Pour l'instant, les seules entraves à ma liberté sont les campings fermés, ou les horaires du bac qui traverse la Gironde. Le départ tardif (16h30, alors que je suis arrivée à 10h15) du bac à Blaye a été tourné en avantage: j'ai trouvé un cyber-café pour vous écrire. La morale de cette histoire est qu'aucun moment n'est jamais perdu.

Plus je vais vers le Sud, plus il fait brumeux le matin, puis nuageux. Les piquets de ma tente rencontrent un sol plus rocailleux, la Gironde se pare de vignes et ma peau est criblée de piqûres d'insectes divers. Mon carburant, ce n'est pas le colza mais la baguette au St-Moret et bananes (je vous conseille d'essayer), les pâtes japonaises (cuisson: 1 min) à la langue de boeuf sauce madère, le steak de requin, le fromage de chèvre bio, les fraises de la vallée de la Loire, le Pineau. Quand rien ne va plus, il y a  un éclair au chocolat qui se présente à moi ou un tenancier de bar qui m'offre un café (ça m'est déjà arrivé 3 fois, j'imagine que j'inspire pitié dans mes tenues fonctionnelles mais peu sexy). Autant de coups de fouet quand la pédale se fait un peu lourde. 

A ce jour, j'ai roulé 999 km et il m'en reste 700 jusqu'à Madrid à vol d'oiseau; mais suis-je vraiment un oiseau??

 

Par Paloma
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Jeudi 26 avril 2007

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Je suis toujours le long des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, pèlerin malgré moi, et sans bâton de surcroît...

Nous nous sommes quittés à Blaye. Pour commencer, j'ai pris le bac pour traverser la Gironde. Moment riche en émotions diverses car mes pensées voguent vers le Mekong si souvent traversé à divers endroits au Cambodge et au Laos. Les bacs y étaient autrement rudimentaires. Je n'y ai jamais croisé non plus de gros moustachu tout de cuir noir vêtu, accompagné accessoirement de sa Harley-Davidson. Accoudée au bastingage, mes pensées vont vers Marguerite Duras et "l'amant", autrement romantiques que ce gros motard qui s'écoute parler et m' empêche de rêver.

 

Le soir, j'ai le plaisir de rencontrer au camping 2 très sympathiques cyclistes suédois à sacoches qui m'offrent de partager leur superbe salade au dîner.

Après les vignes du Haut-Medoc, je traverse la Gironde d'Est en Ouest; la route est plate et monotone et tout-a-coup, l'océan!

Le long de l'océan, les départements de Gironde et des Landes ont eu la bonne idée de construire de superbes pistes cyclables, faisant de la région le paradis des cyclistes. Ces pistes plates ( tantôt superbes, tantôt chaotiques, mettant les sacoches à rude épreuve) qui traversent les pinèdes sont une première préparation avant la traversée des Pyrenees.

 

Je prends le chemin des écoliers pour descendre jusqu'au Cap Ferret avant de contourner tout le bassin d'Arcachon. Les huîtres, j'adore ça (et bien d'autres choses encore...), et surtout quand elles sont gratinées au foie gras. Un régal! Les touristes sont un peu snobs, je me sens un peu plouc dans mes vêtements cyclistes mais ça  n'entame pas mon moral. Il semble que le grand chic cette année soit pour les ados branchés de se promener pieds nus dans les rues; a bon entendeur, salut!

Souvent, je ne roule pas seule mais un autre cycliste, intrigué par mon paquetage, roule quelques km avec moi tout en devisant joyeusement. Rien de tel pour me booster davantage. Le WE, les cyclistes du dimanche sont nombreux, bon pied (fixe sur la pédale), bon oeil (derrière des lunettes high tech) et bons mollets galbés (les miens sont encore un peu rikiki mais d'une belle couleur pain d'épice) . Un enfant s'écrie en voyant mon vélo "regarde, papa, c'est la moto de James Bond!".

Sur l'énorme dune de Pilat, des jeunes s'essayent au parapente au coucher du soleil.

Dans les Landes, les gens sont beaucoup plus sympas, je sens qu'on approche du Pays basque. Au Cap Breton, la vue des baigneurs, la chaleur (le soleil est omniprésent depuis BXL), la crasse et la fatigue me donnent une furieuse envie de me plonger dans l'océan. Je monte ma tente en 2 minutes chrono, y jette mes sacoches, saute dans mon maillot, enfourche mon vélo délesté, le cadenasse à la va-vite (en fait, je verrai plus tard que je ne l'ai attaché à rien!) et cours me faire brasser par les puissants rouleaux de la mer. Quel délice...

A partir de Hossegor, on entend l'accent du midi; Bayonne verra arriver les 1ers palmiers (en fait, ils n'arrivent pas, ils sont plantés dans le sol...). Bayonne me plaît beaucoup et ma partie Arechaga s'y sent chez elle. La municipalité a eu la merveilleuse idee d'installer un service de bus electriques gratuits dans tout le centre ville. Mais on m'annonce qu'il n'y a pas de pistes cyclables au pays basque.

A partir de Biarritz, ca commence à sentir les contreforts des Pyrénées; la route de la Corniche qui ondule joyeusement le long de l'océan me le rappelle.

Après moultes réflexions, j'ai décidé de franchir les Pyrénées au départ d' Hendaye. La route semble moins dure mais c'est aussi une nationale très fréquentée par les camions. Qu'a cela ne tienne, je note à côté de mon passeport le nom des personnes à prévenir en cas d'accident (ce que je m'étais promis de faire dès le 1er jour), et avec ça, je me sens parée contre le mauvais sort! Ceci dit, les camions sont très attentifs à l'usager très faible que je suis. On m'avait dit qu'il n'y avait pas de chemin cycliste, mais c'était faux; alors que je me tapais montées et descentes sous les rugissements des camions, une jolie piste toute plate me narguait de l'autre cote de la Bidassoa. J'ai pu profiter d'un petit pont de bois pour traverser la rivière et rejoindre la piste. Un petit vieux qui devait faire 150 cm tout étiré me tient compagnie pour le pic-nic, lorgnant vers mon petit linge qui séchait sur mon guidon. Les paysages sont alpins, les gens adorables, finalement, les Pyrenees, ce n' est pas si dur que ça, pensai-je... Qui vivra verra...

 

A la fin de la piste, j'ai du prendre une petite route car la nationale passe par des tunnels interdits aux cyclistes.  Cet itinéraire bis, ô combien joli et peu fréquenté, est cependant bien bien pentu. A bout de force, j'envisage d'arrêter une camionette pour y embarquer avec ma monture, mais je suis toute seule, pas d'autre véhicule! Je commence à chercher un endroit sympa pour y planter ma tente, certaine de ne jamais arriver au camping tant convoité quand j'aperçois un bar perdu dans la montagne. La tenancière m' annonce qu'après 2 km de montée, cela descendrait durant 35 km jusqu'à Pamplona. Le café était mauvais, mais que la nouvelle était bonne!! Ça m'a donne des ailes (de colombe) et j'étais a 17h56 au camping, fière comme Artaban car j'avais eu de sérieux doutes sur mes capacités et condition physique.

J'ai donc traverse les Pyrenees en un jour en roulant 93 km.

Pour la 1ère fois, je reste 2 jours dans le même camping et visite une ville, en l'occurrence Pamplona, capitale très sympathique de la Navarre. J'en profite pour resserrer ma béquille et partir a la recherche de piquets de tente car si ma tente est ultralegere, par contre, les piquets ne valent pas tripette! Ce soir, il y a sûrement un match de foot car les supporters ont envahi les rues et sont déjà bien éméchés dès 14h.

 

 

 

Par Paloma
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Jeudi 3 mai 2007

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D'abord, je tiens a remercier publiquement Olivier qui, depuis Bruxelles, agrémente mes récits de cartes. C'est vraiment un plus que je serais bien incapable de réaliser.

Merci aussi à Michel de m'avoir suggéré d' amener avec moi des liens en plastique, bien utiles quand ceux du compteur kilométrique lâchent après 1000 km!

Merci aussi à tous les lecteurs pour leurs encouragements et les petites nouvelles qu'ils me donnent du pays et de leur vie quotidienne. Depuis Valenciennes, incroyable mais vrai, je n'ai vu aucune plaque d'immatriculation belge.

Aujourd'hui, vous n'aurez pas de photos car le disque dur du cybercafe est cadenasse... Le cybercafe est très bruyant, comme tous les lieux publics en Espagne, et j'ai du mal à me concentrer.

Après la traversée des Pyrenees, je pensais avoir fait le plus dur et aller encore plus vers le soleil qui ne m'avait pas lâché depuis mon départ. Combien étais-je loin de la réalité!!!

La Navarre a vu arriver les premières pluies et la Castille un vent violent et même de la grêle... 6 degrés le matin, 11 ce midi à Madrid; il n'y a plus de saisons...

L' Espagne me ravit cependant. Les habitants de Navarre sont très bavards, quand on leur demande le chemin, ils l'expliquent avec moult détails et répétitions; on s'y perdrait... Je suis épatée de voir le dynamisme des personnes du 3ème âge. Elles se promènent d'un pas décidé, avec une canne ou s'appuyant sur la poussette de leur petit-fils. Certaines se baladent avec une sonde gastrique, une trachéotomie, ou pour les hémiplégiques en cours de revalidation, au bras de leur épouse. Tout ce petit monde marche à son rythme mais fait de l'exercice.

Les campings sont rares et je suis souvent la seule touriste. Ils sont par contre peuplés de résidents (familles et 3ème âge) qui vivent à l'année dans des caravanes résidentielles. Le soir, on se croirait dans un village, les enfants jouent, les gens se promènent entre les caravanes après le repas.

Les petites routes sont battues par le vent. Je m'attendais à un paysage rude, brûlé par le soleil. J'ai eu droit à de la verdure; le record de pluviosité de 1946 a été battu, et il a fallu pour cela que Dame Nature attende que je traverse cette région. La pluie rend vélo, sacoches et surtout bidons d'eau très boueux. Merci aux petites bottes imperméables de chez Decathlon qui sont d'une efficacité remarquable pour garder les pieds au sec, ce qui est d'une extrême utilité. Je crois que je préfère finalement la pluie au vent, qui me voit m'arcbouter sur mon guidon même dans les descentes, avec pour résultat des courbatures importantes aux avant-bras. Les éoliennes sont nombreuses et je me prends pour Don Quichotte se battant contre les moulins à vent. Je n' ai pas encore vu de moulin, il parait qu'ils sont plus au Sud de Madrid.

Mais les paysages sont superbes. Je longe des sommets légèrement enneigés, à plus de 2300m; parfois, je me dis que le vent est vraiment violent sur ce qui me semble être une petite cote, alors que je viens de franchir un col à 1100 mètres! Parfois aussi, je crois que les patins des freins frottent contre les jantes, alors que simplement, les éléments sont contre moi. Les cités médiévales foisonnent, les châteaux forts dominent ce paysage sauvage, certains villages sont vraiment perdus au milieu de nulle part. Seule petite ombre au tableau : les bas-cotes des routes sont jonchés de détritus... J'ai du mal à comprendre des comportements si peu civiques.

Quand je choisis un itinéraire plutôt qu'un autre, je me demande sans cesse si l'autre chemin n'aurait pas été moins long, moins pluvieux, moins venteux, moins accidenté... Mais je rejette les regrets en me disant que je n'aurais pas vu tel bel arbre ou rencontré telle personne sur l'autre chemin. Des Italiens m'ont donné des flacons, des Allemands des piquets de tente, un garagiste m'a offert une casquette pour m'encourager après avoir vérifié la pression de mes pneus. Dans un logement rural, des Basques de Bilbao sont venus assister à mon départ dans la rue et ont poussé mon velo...

Le 2 mai, hier, j'ai franchi le cap des 2000 km et des 4 semaines, par une entrée pas facile dans Madrid. Les seules voies d'accès sont les autoroutes et quand je demande mon chemin à la "guardia civil", on me répond que je dois prendre l'autoroute. Quand je demande si c'est permis à vélo, on me répond que non et que je dois donc être prudente. Incroyable. Dans Madrid, j'ai été obligée de prendre un tunnel à la suite d'un taxi qui m'indiquait le chemin. Je suis finalement arrivée chez Ignacio et Maria Antonia, une cousine de papa. Super accueil dans un superbe appartement; c'est bon, la famille.

Je compte rester quelques jours à Madrid pour une petite mise au point médicale. J'ai sans doute une hernie et, après un passage aux urgences ce matin, j'attends le 8 mai pour voir un chirurgien et demander conseil pour la suite du voyage. Le médecin consulté m'a dit d'être prudente et de me rendre dans un hôpital au moindre problème. Hum hum... dans les petites villages brésiliens... Ce WE, j'irai donc peut-être en train chez des amis à Seville ou chez un oncle à Gandia. Je préfère ne pas faire de projets plus lointains. Mais le coup est dur à avaler, d'autant plus que je me sens très bien. J'apprends donc a prendre la vie comme elle vient...

Par Paloma
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Jeudi 10 mai 2007

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Je suis restée une semaine à me faire dorloter à Madrid, à déguster les bons petits plats de Maria Antonia, en attendant mon rendez-vous avec le chirurgien. J'en ai profité aussi pour me débarrasser de quelques affaires: piquets de tente en plastique pour la femme de ménage, caleçon cycliste pour la fille de Gilles et Berengere, bouquin...

Le chirurgien, quinquagénaire a l'abondante chevelure blanche inspirant confiance m'a rapidement rassurée sur mon état de santé. Plus d'obstacle à la poursuite de mon voyage. Après moult embrassades et un " que Dieu vous protège", il m'a donné son visa pour reprendre la route. Je ne me le suis pas faire dire 2 fois car le lendemain, j' étais a nouveau sur ma bicyclette.

La traversée de Madrid (20 km de descente sur El Paseo de la Castellana) et surtout, le fait de trouver la bonne route pour descendre vers le Sud se sont déroulés sans problème, grâce au site de Michelin. Celui-ci, contrairement à d'autres sites comme Mappy, propose des itinéraires accessibles aux vélos. Pas de risque donc de se retrouver sur une autoroute.

Au Sud de Madrid, j'ai commencé a entendre des "ola, guapa!". J'ai cheminé parmi les champs de coquelicots, essayant d'éviter les nombreux lapins qui gambadaient sur la route. Nombreux cadavres de lapins aussi tout le long du chemin. Il fait plus chaud, la météo a annoncé jusqu'à 30 degrés!

Dans la region de la Mancha, je découvre enfin les 1ers moulins qui ont donne tant de fil à retordre a Don Quichote! Comme prévu et comme souvent en Espagne, une usine a été construite juste sous les moulins... Incroyable de défigurer à ce point le paysage, Cervantes doit se retourner dans sa tombe...

Les vignes sont nombreuses et je me promets de goûter à leur produits dès ce soir.

Ma prochaine étape sera Almunecar, au bord de la mer, ou je retrouverai ma soeur Cristina, en vacances avec Eric. Ensuite, petite visite à Seville chez Amalia puis cap sur Lisbonne d'où j'espère enfin traverser l'Atlantique.

Par Paloma
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Mercredi 23 mai 2007

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Ma course eperdue vers le Sud du continent europeen se poursuit; le soleil est a nouveau present et au bout de la terre ferme m'attendent ma soeur Cristina et Eric. Jamais je n'ai eprouve une telle sensation de liberte... Changer de projet, d'itineraire, avoir tout le temps devant soi. C'est absolument fabuleux.

A Daimiel,3 grandes premieres : 1ere crevaison, decouverte le matin a l`hotel et donc reparation dans des conditions tres faciles. 1ere chute aussi, alors que je cherchais mon chemin en ville le nez en l'air a vitesse reduite. Une pharmacienne a hurle devant les chairs lacerees de mon genou. La faute a mes cale-pied, au poids de  mes bagages et enfin, a ma propre  balourdise...1ere nuit en camping sauvage aussi, en pleine nature, dans la montagne... Le soir, toilette complete dans 300 ml  d' eau et petite emotion au milieu de la nuit quand j'ai entendu un bruit de sonnette. Je me suis demande s'il y avait  des serpents a sonnette en Castille...

La Castille est montagneuse; petites routes etroites en descente, nationales avec camions dans les montees.Les premiers taureaux destines aux corridas font leur apparition; vraiment, de beaux morceaux de viande. On m'offre en apero de minuscules escargots a aspirer,ou au sommet d' un col venteux une tapa faite d'une sardine a l'huile, de patates a l'ail, une mini-merguez plantee dans une croute de pain.

Pres de Grenade,la Sierra Nevada encore bien enneigee (comme son nom l'indique) est majestueuse et la route qui mene a Almunecar bien montagneuse. Il parait que la montee au col (1450m)  est de categorie 1, mais dans le sens oppose. Petite pensee pour feu notre roi pres de Motril.

A Almunecar, j 'ai retrouve avec beaucoup de plaisir Cristina et Eric; j' ai profite de l'infrastructure de leur 4 etoiles tout en logeant dans un sympatique petit hotel voisin. Repos, tourisme, champagne pour l'anniversaire de Cristina.

J'ai repris la route vers l'Ouest pour longer toute la Costa del Sol. On y construit a tour de bras et les terrains de golf avec leurs verts greens me semblent d'un coup ecologique discutable dans un pays ou on manque d'eau. Les Anglais et Allemands me donnent une indigestion. Pas un mot d'espagnol, ils sifflent les garcons de cafe quand ils n' arrivent pas assez vite. La honte!! Je ne suis pas allee jusqu'a Torremolinos pour rendre hommage a Jean-Luc Fonck mais il me plait de croire que les Belges q`'il y decrit de facon si sympatique s' y comportent de facon plus civilisee.

L'accent andalou est difficile a comprendre et me donne une petite lecon d'humilite linguistique, moi qui me croyais paree pour l'Amerique latine. Je croise beaucoup de petites voitures n'exigeant pas de permis, conduites par des petits papys a casquette qui semblent tout heureux dans leur nouveau jouet. Les cyclistes du dimanche me saluent en me croisant a toute vitesse et je pense "qui veut aller loin menage sa monture". Certains m'accompagnent un bout de chemin.

Seville, j'adore... J'y arrive extenuee apres ma plus longue etape, a savoir 151km! Deux moelleux coussins pour calmer mes ischions endoloris et une "injection de vitamines" preparee par Amalia, a savoir un gazpacho aux fraises (fraises,ail, huile, vinaigre, sel) absolument delicieux. La voisine du 1er m' autorise a mettre ma becane dans son patio et m' offre 2 images pieuses de Saint-Antoine de Padoue pour me proteger en voyage. Un bracelet bresilien d'Amalia vient renforcer ma bonne etoile; il suffit de frotter un de ses elements pour conjurer le mauvais sort. Me voila paree pour la suite du voyage.

Ce matin a eu lieu la fete du Rocio, appellee aussi la Virgen de la Paloma Blanca. De fiers cavaliers ont envahi le quartier, accompagnes de chars superbement decores et d'orchestres; tous se rendent en pelerinage dans la province voisine de Huelva.

 

 

Par Paloma
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Jeudi 24 mai 2007

Dimanche 13 mai

Ce matin, je me leve tot (pour que le monde m'appartienne) et me mets en quete d'une boulangerie ou d'une epicerie. Niet! Je quitte l'hotel non sans avoir rempli mes bidons avec une bouteille d'eau minerale qui trainait par la! Je trouve finalement une patisserie et y achete 2 empanadas au thon. J'aurais du en acheter 3!

La route monte,on ne voit que des oliviers a perte de vue, sur tous les flancs des collines. Je me demande comment ils font pour la recolte avec une telle quantite d'oliviers et interroge un homme. Manque de bol, il est sourd-muet et ne peut donc satisfaire ma curiosite; j'ai du tomber sur le seul sourd-muet a 100 km a la ronde! Il fallait que ca tombe sur moi! Un autre m'apprendra que 3 a 4 hommes avec une machine qui secoue les arbres recoltent 4000 kg d'olives par jour. Impressionnant...

Je passe un col a 1200m, juste avant Guadahortena: grand vent et arrivee de nuages. Au col, je prends un cafe et me fais offrir une ration comprenant des patates a l'ail (delicieux), une sardine a l'huile et un morceau de pain avec une mini-merguez. J'apprecie... Encore une petite montee puis 10-12km de descente avec le vent de face. Je ne cesse de calculer a quelle heure j'arriverai a Grenade. En montagne,dans les montees a 7 km/h, j'arriverais vers minuit et le decouragement me guette. Quand j'avale les km dans les descentes, c'est l'euphorie. Quand on annonce au depart 90km, on se dit: petite etape. Mais quand apres 45 kms,on annonce qu'il en reste 60, c'est deja moins drole.

Iznalloz et Deifontes semblent peuples de gitans: ca sent l'Andalousie... A Deifontes, un cycliste m'accompagne pour me montrer l'ancienne route accessible aux cyclistes. En entendant que je viens de BXL, il jete un regard appreciateur, appuye et peu discret sur mes jambes. 10 km avant Grenade, je tombe sur un camping que je n'esperais pas trouver. Au bord d'un lac avec vue sur les montagnes enneigees. Je suis encadree de 2 mobilhomes allemands et ai un banc sur mon emplacement, superpratique pour ranger mes affaires. J'aide un espagnol a retrouver son chien. Il a voulu m'offrir en recompense une tranche de jambon qu'il tenait entre ses doigts poisseux, ou une biere.

Le soir,je telephone a maman qui est contente que j'aie pense a la fete des meres (!).Cristina m'attend demain. Je mange les meilleures olives de ma vie au resto et goute au chevreau. Le pistolet file dans mon sac en vue du petit-dej. Je rentre presque en titubant au camping. 

Jodar-Albalote : 92 km (2596)

Extrait de mon journal quotidien

Par Paloma
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Mercredi 30 mai 2007

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Derniere ligne droite sur le continent europeen.
Je quitte Seville au pied du pont de Triana, a l'endroit meme d'ou appareillaient les caravelles pour le nouveau continent. Amalia a contacte un groupe de cyclistes pour m'accompagner jusqu'a la sortie de la ville, mais personne n'est au RV. Elle est un peu decue, d'autant plus que dimanche passe avait lieu une grande manifestation cycliste (style dring dring) et qu'elle avait organise mon accueil avec surprise ce jour-la. Le hic est que je n'etais arrivee que le lundi soir.
Qu'a cela ne tienne, je reprends vaillamment la route, mes sacoches me semblent plus legeres. Les routes sont belles, je choisis les plus petites, peu frequentees, ce qui me permet d'admirer le paysage plutot que de stresser a l'approche de chaque camion.
Je dresse l'inventaire des animaux ecrases. En tete de peloton viennent les chats, ensuite les chiens, herissons, oiseaux, serpents (j'en ai vu 4 ou 5) et renard. En ce qui concerne la flore, je regrette beaucoup d'etre nulle en botanique, car c'est tout juste si je je vois la difference entre un olivier et un oranger. La ou je jubile, c'est quand je reconnais des rizieres en casiers. Je savais qu'il y en avait dans le Sud de l'Europe mais je ne connaissais que les asiatiques.
Debut novembre, 9 jolies gazelles avaient admire des cigognes a Marrakech. Ces dernieres etaient deja de retour fin mai dans le Sud du Portugal. Alors qu'elles caquetaient ferme au Maroc, elles etaient devenues soudain muettes a leur retour.
Je me suis dit que je n'avais pas besoin de poursuivre mon periple jusqu'en Australie car j'ai vu un elevage d' autruches. La question a 5 francs que je me suis posee est: comment s'appellent les males des cigognes et des autruches. Merci de me permettre de ne pas mourir idiote.
Dans chaque village (tres recule) traverse, il y a une boutique tenue par des Chinois. Je ne peux m'empecher de m'interroger sur leur integration et sur ce qui leur est passe par la tete pour essayer de venir vendre leurs produits bas de gamme dans un endroit ou on regarde une Belge comme une extra-terrestre. Mais j'imagine qu'ils y trouvent leur compte.
Benjamin et Pauline, autres globe-trotters a velo, m'ont dit que pour garder le moral, il fallait toujours avoir un objectif, meme lointain. Au Portugal, je l'ai trouve! Chaque boulangerie-patisserie fait aussi salon de the. Les tartelettes a la creme sont a la cycliste ce que la carotte est a l'ane.
Leur pate feuilletee croque sous la dent, un delice... Le salon de the me permet egalement d'eviter d'entrer dans des bars pour prendre un cafe, bars frequentes uniquement par des hommes qui me devisagent (encore que, dans le verbe devisager on ne mentionne que le visage...) ostensiblement. Chaque village a sa patisserie, et les gateaux des pompes Total ne sont pas mauvais non plus!
Ceci dit, je ne gardais pas un souvenir extra des Portugais; finalement, sous leur abord rude et peu souriant, ils sont tres gentils et serviables. Il faut dire que je n'avais frequente que des endroits touristiques.
A Moura, a l'entree du village, il y a un camp de gitans. Une charrette tiree par un cheval va a la fontaine de la place principale pour y remplir des tonneaux d'eau. On se croirait au Moyen Age...
Dans une patisserie, j'ai cru que l'horloge etait restee a l'heure d'hiver. Et bien, non! Ce n'est que le 3eme jour passe au Portugal que je me suis apercue que ce pays avait une heure de decalage par rapport a la Belgique. J'ai parfois l'impression de vivre en dehors de la realite...

L'arrivee a Lisbonne s'est deroulee sans probleme. J'ai choisi d'y arriver en bateau (traversee du Tage) , ce qui m'a permis d'eviter les inevitables autoroutes.
Je me suis mise en quete d'un billet pour le Bresil. En fait, il semble qu'on soit oblige d'acheter un billet AR et que le velo doit avoir une valeur de moins de 500$ (soit 370 E). Je suis allee au consulat bresilien pour clarifier tout ca, mais le personnel etait en greve! J'y retournerai donc demain matin. Mais je n'ai pas l'intention de m'eterniser a Lisbonne. Je me sens quand meme dans un cul de sac.
Tous les cybercafes ont le disque dur sous cles, donc pas de photos a cet episode.
Par Paloma
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