Jeudi 3 mai 2007

Voir la Carte

D'abord, je tiens a remercier publiquement Olivier qui, depuis Bruxelles, agrémente mes récits de cartes. C'est vraiment un plus que je serais bien incapable de réaliser.

Merci aussi à Michel de m'avoir suggéré d' amener avec moi des liens en plastique, bien utiles quand ceux du compteur kilométrique lâchent après 1000 km!

Merci aussi à tous les lecteurs pour leurs encouragements et les petites nouvelles qu'ils me donnent du pays et de leur vie quotidienne. Depuis Valenciennes, incroyable mais vrai, je n'ai vu aucune plaque d'immatriculation belge.

Aujourd'hui, vous n'aurez pas de photos car le disque dur du cybercafe est cadenasse... Le cybercafe est très bruyant, comme tous les lieux publics en Espagne, et j'ai du mal à me concentrer.

Après la traversée des Pyrenees, je pensais avoir fait le plus dur et aller encore plus vers le soleil qui ne m'avait pas lâché depuis mon départ. Combien étais-je loin de la réalité!!!

La Navarre a vu arriver les premières pluies et la Castille un vent violent et même de la grêle... 6 degrés le matin, 11 ce midi à Madrid; il n'y a plus de saisons...

L' Espagne me ravit cependant. Les habitants de Navarre sont très bavards, quand on leur demande le chemin, ils l'expliquent avec moult détails et répétitions; on s'y perdrait... Je suis épatée de voir le dynamisme des personnes du 3ème âge. Elles se promènent d'un pas décidé, avec une canne ou s'appuyant sur la poussette de leur petit-fils. Certaines se baladent avec une sonde gastrique, une trachéotomie, ou pour les hémiplégiques en cours de revalidation, au bras de leur épouse. Tout ce petit monde marche à son rythme mais fait de l'exercice.

Les campings sont rares et je suis souvent la seule touriste. Ils sont par contre peuplés de résidents (familles et 3ème âge) qui vivent à l'année dans des caravanes résidentielles. Le soir, on se croirait dans un village, les enfants jouent, les gens se promènent entre les caravanes après le repas.

Les petites routes sont battues par le vent. Je m'attendais à un paysage rude, brûlé par le soleil. J'ai eu droit à de la verdure; le record de pluviosité de 1946 a été battu, et il a fallu pour cela que Dame Nature attende que je traverse cette région. La pluie rend vélo, sacoches et surtout bidons d'eau très boueux. Merci aux petites bottes imperméables de chez Decathlon qui sont d'une efficacité remarquable pour garder les pieds au sec, ce qui est d'une extrême utilité. Je crois que je préfère finalement la pluie au vent, qui me voit m'arcbouter sur mon guidon même dans les descentes, avec pour résultat des courbatures importantes aux avant-bras. Les éoliennes sont nombreuses et je me prends pour Don Quichotte se battant contre les moulins à vent. Je n' ai pas encore vu de moulin, il parait qu'ils sont plus au Sud de Madrid.

Mais les paysages sont superbes. Je longe des sommets légèrement enneigés, à plus de 2300m; parfois, je me dis que le vent est vraiment violent sur ce qui me semble être une petite cote, alors que je viens de franchir un col à 1100 mètres! Parfois aussi, je crois que les patins des freins frottent contre les jantes, alors que simplement, les éléments sont contre moi. Les cités médiévales foisonnent, les châteaux forts dominent ce paysage sauvage, certains villages sont vraiment perdus au milieu de nulle part. Seule petite ombre au tableau : les bas-cotes des routes sont jonchés de détritus... J'ai du mal à comprendre des comportements si peu civiques.

Quand je choisis un itinéraire plutôt qu'un autre, je me demande sans cesse si l'autre chemin n'aurait pas été moins long, moins pluvieux, moins venteux, moins accidenté... Mais je rejette les regrets en me disant que je n'aurais pas vu tel bel arbre ou rencontré telle personne sur l'autre chemin. Des Italiens m'ont donné des flacons, des Allemands des piquets de tente, un garagiste m'a offert une casquette pour m'encourager après avoir vérifié la pression de mes pneus. Dans un logement rural, des Basques de Bilbao sont venus assister à mon départ dans la rue et ont poussé mon velo...

Le 2 mai, hier, j'ai franchi le cap des 2000 km et des 4 semaines, par une entrée pas facile dans Madrid. Les seules voies d'accès sont les autoroutes et quand je demande mon chemin à la "guardia civil", on me répond que je dois prendre l'autoroute. Quand je demande si c'est permis à vélo, on me répond que non et que je dois donc être prudente. Incroyable. Dans Madrid, j'ai été obligée de prendre un tunnel à la suite d'un taxi qui m'indiquait le chemin. Je suis finalement arrivée chez Ignacio et Maria Antonia, une cousine de papa. Super accueil dans un superbe appartement; c'est bon, la famille.

Je compte rester quelques jours à Madrid pour une petite mise au point médicale. J'ai sans doute une hernie et, après un passage aux urgences ce matin, j'attends le 8 mai pour voir un chirurgien et demander conseil pour la suite du voyage. Le médecin consulté m'a dit d'être prudente et de me rendre dans un hôpital au moindre problème. Hum hum... dans les petites villages brésiliens... Ce WE, j'irai donc peut-être en train chez des amis à Seville ou chez un oncle à Gandia. Je préfère ne pas faire de projets plus lointains. Mais le coup est dur à avaler, d'autant plus que je me sens très bien. J'apprends donc a prendre la vie comme elle vient...

Par Paloma - Publié dans : colombe.a.velo
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