Lundi 22 septembre 2008
Estonie, Lettonie, Lituanie... Je les aborde par le Nord en commencant par Tallinn, la capitale estonienne. Très jolie ville médiévale, elle déploie ses charmes au fur-et-à-mesure que le soleil se dégage, ce qui n'est pas une mince affaire. Je vois pour la 1ère fois des talons aiguille et les Estoniennes ne craignent pas de braver les gros pavés de la vieille ville. Sur la grand'place, j'assiste à une cérémonie en l'honneur des 3 médaillés des JO de Pekin.


Plus loin, la route est en travaux; je me retrouve crottée jusqu'au cou, et mon vélo de même. Certaines petites villes ont des allures d'ex URSS, du moins comme je l'imagine, avec d'anciens magasins d'état et des immeubles abandonnés parfois vraiment lugubres.

Parnu est une charmante petite ville, coincée entre mer et rivière, d'un calme parfait, trop peut-etre... Le calme est quelque chose qui me frappe vraiment partout dans le Nord de l'Europe.
Dans les campings, je passe souvent la soirée avec d'autres cyclistes et les adresses en Pologne et en Allemagne commencent à s'accumuler dans mon carnet. Il y a beaucoup de villas à vendre, certaines bien retapées, d'autres dans un état catastrophique. La côte est superbe et sauvage. En 3 jours, je suis sortie du pays. Je dois m'habituer à éliminer ma mitraille car je ne suis plus dans la zone Euro.



En Lettonie, la langue est toujours aussi difficile à comprendre et quoiqu'on en dise, les gens qui parlent l'anglais sont vraiment rares. Il parlent bien davantage le russe ou l'allemand. Je me débrouille vaille que vaille en allemand et deviens experte en langue des signes. Mais même avec ca, il n'est pas toujours facile d'entrer en contact avec les gens. On me tourne souvent carrement le dos d'un air revêche. J'y retrouve un peu le comportement rencontré à Prague en 1983.

Sur la route, je dépasse un cycliste hongrois désespéré par les crevaisons successives à son pneu arrière. Il est lourdement chargé à l'arrière et son pneu Schwalbe identique aux miens a vraiment piteuse allure, alors qu'ils ont le même kilométrage. Je lui suggère d'intervertir les pneus, et là, il m'a prise pour une super mécano et s'est maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt... Comme quoi, on peut faire illusion avec peu de choses...

Les campings sont rares, souvent déjà fermés, toujours désertés et dans des cadres superbes.
 Le calme est garanti en bord de mer mais il commence à faire froid, 3 degrés la nuit et je dois sortir ma panoplie de vêtements hivernaux. Le vent souffle du Nord-Est, ca tombe bien car je vais vers le Sud-Ouest, mais si mes calculs sont bons, il vient de Sibérie! La côte est sauvage, le sable blanc et les longues plages désertes. Le camping sauvage est interdit, mais je n'ai pas toujours le choix; j'adopte donc la technique du camoufflage et ca me permet d'apercevoir biches et piverts.





J'arrive à Riga qui, d'emblée, me plaît, d'abord par son animation, ensuite par ses bâtiments Art Nouveau, ses parcs superbement aménagés sillonnés par une rivière et des canaux.Mais les Lettons ne sont pas toujours très aimables avec les touristes étrangers. Les employés de certains offices du tourisme souffrent du syndrôme du fonctionnaire mal payé et démotivé.

Au musée de l'Occupation (nazie puis soviétique), j'essaye de me dépatouiller avec l'histoire régionale du XXème siècle, vraiment très complexe. Pays baltes indépendants, intégrés à la Prusse, un peu à la Pologne, à l'URSS. Les conditions de déportation en Sibérie semblent avoir été particulièrement pénibles et marquantes.

Près de Riga, la ville de Jurmala, équivalent letton de la Riviera francaise qui accueillait autrefois les vacanciers soviétiques bien nantis est une très jolie ville avec de belles villas.

La cueillette des champignons est ici, tout comme en Estonie, en Lituanie et en Pologne, un sport national. J'adore l'expression du guide LP "to go mushrooming", activité destinée aux visiteurs actifs, tout comme l'observation des oiseaux (sic!).




Partout dans les bois, les gens partent à la cueillette des champignons puis reprennent le bus sur les routes désertes. Je suis condamnée à acheter des champignons dans les supermarchés car je n'y connais rien, le comble quand je contemple les forêts qui en regorgent...
Seulement 40% des ménages à la campagne possède une voiture et le vélo semble être le véhicule du pauvre. Les pommiers ploient sous le poids des fruits murs et je n'ai qu'à me baisser pour avoir une collation. Le paysage devient plus vallonné, certaines collines culminent à 200 mètres.
Je passe par Liepaja qui fut le 1er port pour les sous-marins russes.Les quartiers autrefois réservés aux militaires commencent tout doucement à être à nouveau occupés.

J'entre en Lituanie par la côte et là, c'est la grande surprise du voyage: une piste cyclable longue de 100 km longe toute la côte. On est dimanche, le soleil brille, j'ai pu remettre mon short et les gens profitent des petites stations balnéaires. Je traverse des dunes et des pinèdes, c'est vraiment joli.

A Klaepeda, je prends un petit bac pour rejoindre la péninsule de Courlande. Les vents et courants marins, entassant le sable, ont dessiné un des plus longs cordons littoraux au monde, colonisé par des pins et séparé du continent par une lagune. Rien qu'à la voir sur une carte, cette longue bande de sable attire, et la parcourir à vélo, c'est encore mieux. Les plages ont des sections hommes, femmes et mixte. Dans la section femmes, le nudisme est de rigueur, ca tombe bien car mon maillot est tout au fond de ma sacoche. Des jeunes gens ont trouvé le truc pour se rincer l'oeil et parcourent la plage à vélo, ou du moins en poussant leur vélo dans le sable mou, et je ne suis pas sûre que le spectacle soit à la hauteur de leurs efforts...
Les villages sont soignés, les maisons colorées et ornées de jolies girouettes.



J'arrive à Nida, agréable station balnéaire où se trouve la dune la plus élevée de la péninsule. Au delà, c'est l'enclave russe de Kaliningrad. Impossible d'y entrer sans visa préalable. Jusqu'en 1945, Kaliningrad fut allemande (Konigsberg), entre les 2 guerres, elle fut séparée del' Allemagne par la Pologne et en 1945, l'Armée rouge s'est emparée de la région.


Je devrai donc contourner l'enclave pour gagner la Pologne voisine, ce qui me prendra 6 jours. Je suis sur la route de l'ambre, précieuse résine de pin fossilisée.
Pour traverser la péninsule, je prends un bateau pour arriver dans le delta de la Nemunas. Très joli paysage, jalonné par les postes frontières et les miradors vers la Russie voisine. J'apercois régulièrement des nids de cigognes et ca tombe à pic car je suis justement en train de lire "le vol des cigognes".
Les prairies ne sont pas clôturées, les vaches tournent autour d'un pieu fiché dans le sol et pour la traite, rien ne vaut la vieille méthode artisanale: un petit tabouret en bois, un seau en fer coincé entre les 2 cuisses, et on travaille des poignets.


Pour quitter la Lituanie, j'emprunte des pistes de terre et j'arrive en Pologne sans m'en rendre compte. C'est un passant qui me le dira.

Par Paloma
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